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[Cinéma] Alien Covenant par Ridley Scott

Il est des films qui sont attendus par tout cinéphile. Un nouvel opus de la saga Alien fait partie inévitablement de ceux-là. Retour sur un objet filmique authentique. Attention l’encadré rouge contient des spoilers, vous voilà prévenu.

La genèse de Alien : Covenant fut pour le moins chaotique, d’abord appelé Prometheus : Paradise puis Alien : Paradise Lost pour enfin devenir Alien : Covenant. Les spéculations sont allées bons trains sur la réelle teneur du film. Il faut rappeler que Damon Lindelof (scénariste de Prometheus) a quitté le navire pour laisser sa place successivement à Jack Paglen puis Michael Green. Les déclarations de Ridley Scott n’avaient rien de spécialement rassurantes, dans la mesure où elles entretenaient un flou plus qu’artistique sur de nombreux points (Ridley Scott dira d’abord qu’il n’y aura pas de xénomorphes dans le film).

Quoiqu’il en soit, après de long mois de gestation, Alien : Covenant est bien là, et le moins que l’on puisse dire c’est que le nouveau film de Ridley Scott s’inscrit en digne héritier de la saga originale (La quadrilogie Alien) plus qu’en véritable suite à Prometheus.

Commençons par revenir sur ce que Alien : Covenant n’est pas. Comme dit plus haut, n’espérez pas trouver en Covenant une véritable suite à Prometheus, sans entrer dans les détails, le film n’apporte pas de réponses sur de nombreux points laissés en suspens dans le précèdent film. Vous ne connaîtrez donc pas les motivations des ingénieurs, la raison de la création de la substance noire et encore moins pourquoi ils projetaient de venir sur Terre avec un vaisseau chargé de substance noire. Cela peut avoir quelque chose de frustrant, dans la mesure où si Prometheus était un film assez lent et long il avait le mérite de créer tout un mystère concernant la motivation des ingénieurs. Attendons de voir comment Ridley Scott tournera la suite de Covenant, mais il n’est pas garanti que l’on aura des informations supplémentaires à ce sujet. Il est donc un peu dommage de laisser cette mythologie de côté, rassurez-vous tout de même, les ingénieurs sont bien présents dans le long métrage, mais vraiment de manière éclaire.

Attardons-nous maintenant sur ce que Alien : Covenant est vraiment. Le dernier opus de la franchise est donc un croisement entre Alien et Aliens, une sorte de huis clos semi ouvert devenant furieux par quelques accès de fulgurances agressives et carrément gore, le tout saupoudré par des réflexions philosophiques. Commençons simplement par dire, qu’une fois encore, Ridley Scott a fait des merveilles, le film est d’une beauté formelle ahurissante, chaque plan crève l’écran, que ce soit en intérieur comme un extérieur, pas la peine d’épiloguer plus longtemps là dessus.

Sans s’attarder sur l’histoire initiale, très similaire à Alien (un vaisseau spatial est détourné de sa destination initiale après avoir reçu une transmission d’un signal à caractère humain dans une zone sensée être inhabitée), les habitués de la saga ne seront pas dépaysés même s’il n’est pas fondamental d’avoir vu tous les opus de la saga pour s’immerger dans le film. Les fans retrouveront avec plaisir les codes qui ont façonnés la série au fil du temps.

Les scènes d’action, ou plutôt devrais-je dire d’horreur, sont d’une rare violence pour un film gros budget. J’avoue être encore surpris par sa « simple interdiction » aux moins de 12 ans. La violence graphique est omniprésente dans le film ; des corps mutilés, des mises à mort en directe, des cages thoraciques et des crânes perforés, des mâchoires arrachées, des hectolitres d’hémoglobine en pleine figure, des allusions sexuelles et j’en passe. On pourra reprocher ce que l’on veut à Ridley Scott mais pas d’avoir accouché d’un film édulcoré. On a par ailleurs là une preuve qu’un grand studio américain est capable de produire des blockbusters à destination uniquement des fans de films de genre.

Concept Art du Néomoprhe

Les affrontements contre les créatures extraterrestres sont plutôt bien filmés, et reflètent bien la nervosité caractéristique de ces « sympathiques » bestioles. Le nouveau venu, baptisé le Néomorphe (par opposition au xénomorphe) est littéralement flippant, d’abord par son aspect visuel ; une blancheur qui renvoie à une forme d’angélisme, sa forme humaine qui lui confère une humanité altérée, décharnée plus que terrifiante et ensuite à cause d’une sorte de sadisme malsain (une scène en particulier où le néomorphe prend le temps de contempler sa victime avant de la tuer). Le bestiaire de la saga Alien s’est donc étoffé d’un nouveau membre plutôt bien trouvé. Le xénomorphe quant à lui est bien là, et vous fera frémir, ni plus, ni moins qu’à l’accoutumé.

L’ensemble du casting fait par ailleurs un excellent travail, Katherine Waterston joue de manière très juste, même si pour l’instant elle n’a probablement pas l’aura de Sigourney Weaver en son temps (est-ce possible ?). La palme reviendra inévitablement à Michael Fassbender, littéralement bluffant dans son double rôle David/Walter. C’est l’occasion pour moi de revenir sur une des trames principales de Alien Covenant. Attention tout ce qui se trouvera dans cet encadré sera un spoiler.

Si on pouvait se douter que David aurait son rôle à jouer dans Covenant, on ne pensait peut-être pas qu’il serait littéralement l’antagonisme principal du film (bien que l’on pouvait s’en douter avec le prologue diffusé sur Youtube). Et on a maintenant un début de réponse à qui a créé les xénomorphes, c’est David. Alors certes, ce n’est pas lui qui a créé la substance noire, mais il est tellement fasciné par les aliens qu’il en devient un défenseur acharné. Je pense que le film recèle deux scènes clés. La première, c’est la scène d’ouverture. David assis contemplant la nature en présence de Peter Weyland sont créateur. Déjà David met mal à l’aise par son audace et sa perspicacité. Il ironise déjà face à son créateur sur sa condition d’immortel face à celle de mortelle de Weyland et a déjà conscience de son caractère « divin ».

Une autre scène clé est probablement la naissance du xénomorphe, David provoque la contamination d’un membre de l’équipage par un facehugger. David attend alors patiemment la naissance du xénomorphe, et quand cela arrive, David assiste à la scène en étant émerveillé. C’est peut-être la scène la plus malsaine du film au final, car si elle est magnifique au sens artistique du terme, la musique qui l’accompagne confère au glauque ultime. On assiste à la mort d’un humain la cage thoracique perforée par un xénomorphe face à un androïde émerveillé sur une musique douce qui tranche complètement avec le reste du film (sortie du contexte, on vous ferait écouter cette musique et on vous dirait, ça c’est une musique d’un film de Science-Fiction, imagines quelle scène elle illustre ? Moi j’aurai répondu, un dénouement heureux, l’espoir c’est en fait tout le contraire). Coup de maître.

Tout est question de création, de naissance, David est littéralement obsédé par la création au sens large et encore plus la création de la vie, lui qui n’est « qu’une machine ». Sa constante opposition avec Walter est vraiment intéressante, à l’image du baiser qu’ils s’échangent, renvoyant inévitablement au baiser de Judas. Vraiment la réussite du film.

Un petit mot sur la musique qui illustre parfaitement le propos du film, même si on ne retrouve pas un thème aussi marquant que celui des ingénieurs de Prometheus.

Le dénouement du film est d’une noirceur abyssale, aucun film Alien ne se termine sur une noirceur si sombre, il y a toujours une note d’espoir habituellement, là très honnêtement il n’y en a aucune. Preuve s’il en est que Ridley Scott est vraiment un réalisateur de talent, à l’aise sur les super productions « pseudo » historiques (Robin Des Bois, Gladiator) comme la Science-Fiction, tantôt légère (Seul sur Mars), tantôt noire conférant presque au nihilisme (Alien Covenant).

En résumé Alien Covenant, est un excellent cru, difficile de dire s’il sera aussi culte que Alien ou Aliens, seul le temps le dira, mais après un Prometheus ayant « le cul entre deux chaises » les fans peuvent être rassurés, Ridley Scott vient de poser un nouvel épisode canonique à sa saga culte. Et à moins d’être sous camisole chimique difficile de ne pas voir en Covenant un coup de génie filmique (non pas dénoué de défaut) qui fera date dans la SF, jamais des extraterrestres n’ont été aussi crédible, fascinant et tétanisant à la fois. A voir en salle, mais attention, il ne faut pas avoir peur du sang. Vous êtes prévenus.