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Jurassic World, entre nostalgie et frustration…

Jurassic World est une arlésienne cinématographique dont on parle depuis des années. S’il était presque évident que le film verrait le jour,rien ne garantissait sa qualité. Après avoir vu le film voici quelques éléments de réponse quand à la question qui brûle les lèvres de tout fan du premier film et de la saga en général: est-ce que ce film vaut le coup? Je m’évertuerai à ne pas spoiler au cours de ces quelques lignes.

Une mise en abyme intéressante

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jurassic World propose une mise en abyme tellement flagrante qu’elle en est presque subtile. Explications. Jurassic World se situe 20 ans après Jurassic Park, le parc a finalement ouvert et accueille pléthore de visiteurs qui viennent contempler des dinosaures… En fait le mot « contempler » est un peu galvaudé, puisque les visiteurs commencent à s’ennuyer et se sont « habitués » à voir des lézards géants en captivité. Pour palier à cette « blasitude », et pour que son parc reste perreine, la gérante du parc doit trouver de nouvelles « attractions ». Et pour cela quoi de mieux que de créer un nouveau dinosaure; l’Indominus Rex (on en entend parler à plusieurs reprises dans les bandes annonces). Sans entrer dans les détails du scénario (qui reste assez basique soyons clair), l’idée est pourtant excellente, car il existe un certain lien entre les visiteurs du parc qui viennent voir des dinosaures et les spectateurs qui vont voir le film pour voir des dinosaures (aussi). Et le comparo ne s’arrête pas là, puisqu’on pourrait aisément pousser la comparaison aux spectateurs exigeant, (désireux de voir des blockbusters toujours plus « What The Fuck », où la surenchère d’effets spéciaux ne laisse plus guère de place au scénario) avec les visiteurs du parc qui se lassent des dinosaures (les enfants qui s’amusent sur leurs téléphones portables alors qu’ils ont devant eux des dinosaures). Bref, j’ai trouvé cette comparaison assez intéressante.

Ouai, bon, on est d'accord, le nouveau logo est carrément hideux par rapport au précédent.
Ouai, bon, on est d’accord, le nouveau logo est carrément hideux par rapport au précédent.

Nostalgie quand tu nous tiens

Soyez prévenu, Jurassic World joue à fond la carte de la nostalgie, à tel point que même si sur le plan scénaristique la vision du premier film est tout à fait dispensable, sur le plan émotionnel la connaissance de l’épisode premier de la saga me paraît indispensable. Les citations du premier film sont en effet légion… Le personnage de Claire (incarnée par Bryce Dallas Howard) toute vêtue de blanc rappelant inévitablement le personnage incarné par John Hammond (qui lui aussi était revêtu d’un blanc immaculé). Le nom de John Hammond revient d’ailleurs à plusieurs reprises au cours du film, il y a même une statue à son effigie dans le nouveau Visitor Center!

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La scène où Claire va chercher Owen dans sa caravane renvoit inévitablement à celle de John Hammond venant débusquer le Professeur Grant dans le premier opus
La scène où Claire va chercher Owen dans sa caravane renvoit inévitablement à celle de John Hammond venant débusquer le Professeur Grant dans sa caravane dans le premier opus

Mais les séquences nostalgies ne s’arrêtent pas là, une des scènes qui m’aura le plus marqué est celle où Zach et Gray revisitent un lieu mythique du premier opus (pour rester vague et ne pas vous spoiler). Le problème est que là encore, je doute de l’impact réel de la scène chez quelqu’un n’ayant pas vu le premier film. Mais croyez bien que cette scène est une réussite totale par rapport à l’émotion qu’elle est capable de véhiculer (bon certes, la reprise du thème musicale initialement composé par John Williams aide beaucoup, mais alors beaucoup).

On pourrait aussi citer l’apparition de monsieur ADN (mais si vous savez!), ou de l’employé de la salle de commande qui porte un T-Shirt à l’effigie du logo de l’ancien parc (qui dit lui même que « c’était mieux avant! », encore une symbolique bien trouvé, on avait l’impression que le réalisateur voulait que les gens repensent au premier film avec nostalgie).

Et evidemment, on retrouvera avec plaisir le Dr Wu, seul rescapé du film initial.

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JP-HenryWu

 

Et vous savez quoi, vous allez même être nostalgique des dinosaures, sensations assez incroyable, mais pourtant palpable; quel plaisir de revoir le Tyranosaurus Rex! Il existe pleins d’autres clins d’œils : les voitures {La jeep roulée par Zach et Gray est la numéro 29, celle roulée par John Hammond au début de Jurassic Park}, les lunettes de visions nocturnes, quelques répliques: « Sautes Gray! » en référence à « Sautes Tim! », le personnage de Gray en lui même qui est un copié collé de Tim (jusqu’à la coupe de cheveux), « Life finds a Way », un personnage qui lit le livre de Ian Malcolm dans le monorail…

Une réalisation (trop) classique, des personnages fades

Il est difficile de dire du mal de la réalisation (pour un premier grand film de la part de Trevorrow c’est même excellent), c’est plutôt bien filmé, les scènes sont globalement lisibles. Certains regretteront (dont moi) que les dinosaures ne soient plus en animatronics mais en numérique, mais globalement ça a de la gueule. Mais ne cherchait pas de révolution, là où Spielberg avait révolutionné le blockbuster de l’époque et la façon de filmer « des monstres ». Parenthèse à part, Spielberg crée une mini révolution à chacun de ses films (Il faut Sauver le Soldat Ryan a changé à tout jamais la façon de filmer les films de guerre…)

Par contre, les personnages… Quelle catastrophe… Passons sur les deux frères auxquels on ne s’attache pas (surtout le plus grand des deux) et revenons sur le personnage de Bryce Dallas Howard. Le traitement qui lui est réservé est à la limite de la caricature (alors que cela aurait pu être très bien exploité), HEUREUSEMENT que son personnage évolue à la fin du film. Chris Pratt fait son boulot, mais son personnage est juste là pour faire le « beau gosse »; il n’a pas de passé et son futur on s’en cogne franchement. Au milieu de tout ça, il y a Omar Sy, alors certes son rôle est un peu plus important que celui qu’il avait dans X-Men, mais bon, il n’y a vraiment pas de quoi casser une patte à un canard. Il doit avoir 10 répliques dans tout le film dont certaines assez pathétiques (dont un rire démoniaque alors qu’un de ses collègues de boulot a manqué de se faire déchiqueter par des raptors).

Bref, Jurassic World pêche vraiment par ces aspects et cela l’empêche d’être autre chose qu’un vibrant hommage (tout ce qu’il y a de plus sincère ceci dit) à son ancêtre. Et pourtant on a frôlé l’exploit, avec quelques fulgurances, notamment la scène avec l’apatosaurus (Spoiler), qui si elle renvoi à celle du Triceratops est vraiment plus forte émotionnellement, ou encore la splendide scène finale (mon âme d’enfant a hurlé de plaisir!).

Un concept art du Centre des Visiteurs
Un concept art du Centre des Visiteurs

La vie trouve toujours un chemin

Ceci étant le message véhiculé par le film reste pertinent et en accord avec ce que la série a toujours défendu: on ne joue pas avec la nature, et tôt ou tard cette dernière reprend ses droits, là dessus pas de tromperie sur la marchandise. On peut cependant rester dubitatif sur la tournure des événements à la fin du film. La fin du film de Spielberg était plus logique, mais j’avais promis de ne pas spoiler, donc…

Pour l’anecdote

Le format utilisé par Colin Trevorrow est le 2,00:1 alors que Steven Spielberg avait utilisé (et c’était une exception pour l’époque) du 1.85:1, jugez la différence sur les « bandes noires ». A savoir que la plupart des films actuels sont tournés au Scope avec un ratio 2,35:1. Le 2,00:1 est parfaitement adapté au film car il lui permet d’afficher à l’écran à la fois les dinosaures géants et des humains plus petits. Jugez par vous même. Bref choix très audacieux pour le coup!

Format 2,35 dans American Psycho
Format 2,35:1 dans American Psycho
Format 1,85:1 dans Jurassic Park
Format 1,85:1 dans Jurassic Park
Format 2:1 dans Jurassic Park
Format 2:1 dans Jurassic World

 

En conclusion

Frustrant, c’est le mot que j’ai le plus en bouche. Car Jurassic World est un bon film, mais je ne m’avancerai pas à dire que c’est un grand film ou encore moins qu’il peut prétendre au statut cultissime de l’épisode fondateur. Le film n’arrive jamais à se positionner entre véritable nouveau film canonique (c’est probablement pour ça qu’il sappelle Jurassic World et non pas Jurassic Park 4; c’est un nouveau récit) ou remake/hommage. C’est un excellent divertissement qui jouera efficacement sur votre fibre nostalgique, mais qui n’atteindra jamais le statut iconique générationnel du film de Spielberg. Ceci étant, ça change tellement des films de super héros! Je n’en peux plus de Marvel, rien qu’avant Jurassic World j’ai eu trois bandes annonces pour trois films Marvel et son univers étendu, par pitié que quelqu’un arrêtes ça tout de suite!! Très honnêtement, vous auriez tord de bouder votre plaisir. Par contre, il est indispensable d’avoir vu le premier film pour apprécier celui ci à sa juste valeur. Quand à une éventuelle suite…. Il vaudrait mieux qu’elle ne voit pas le jour, car à part un scénario de série B, je ne vois pas ce que les scénaristes pourront bien inventer. Arrêtons nous-là, l’hommage fut assez vibrant.

Comments

Mael
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Hello,
En ce qui me concerne, j’ai hâte de visionner ce film. Ce sera, selon moi, le meilleur film de dinosaure de tous les temps.
À bientôt

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